Le chef de l’État a signé ce 12 octobre 2026 à Yaoundé la circulaire n° 001 sur la préparation du budget de l’État de l’exercice 2027. Elle compte 94 paragraphes sur 24 pages et s’inscrit dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030. La disposition la plus contraignante figure au paragraphe 66, qui énonce que « le démarrage de nouveaux projets est proscrit, selon le cas, pour le budget 2027 ». Le texte justifie la règle « au regard du volume d’engagement déjà ouvert dans certaines administrations » et précise que leurs enveloppes « seront essentiellement consacrées à la conduite des projets en cours ». L’interdiction vise donc certaines administrations, et la formule « selon le cas » laisse l’arbitrage à l’examen de chaque dossier. Le paragraphe 62 autorise de son côté la programmation de nouveaux projets dans l’espace budgétaire disponible, après prise en compte des projets en cours, des instances de paiement et des projets abandonnés ou non viables.

Les projets qui passeront ce filtre devront disposer d’un visa de maturité, conforme au décret du 17 juin 2025, et démontrer leur impact socioéconomique, leur prise en compte des effets climatiques et la soutenabilité de leur financement. L’ouverture d’une autorisation d’engagement sera subordonnée à la preuve que les charges récurrentes des infrastructures de l’administration sont couvertes, ces charges formant une masse distincte du budget. Les enveloppes notifiées par le Premier ministre seront plafonnées en autorisations d’engagement et en crédits de paiement. La part de l’investissement dans le budget général sera fixée à 30% au minimum, réservée à la formation brute de capital fixe. Une provision de 2% des dépenses en capital sur ressources internes ordinaires de 2026 devra couvrir les reports de crédits.

Sur les élections, la lecture intégrale ne relève ni le mot élection, ni scrutin, ni électoral. Une seule phrase s’en approche, au paragraphe 78 sur les ressources transférées aux collectivités territoriales décentralisées. Elle indique que « dans la perspective du renouvellement des organes délibérants des communes, les ministères en charge des finances et de la décentralisation assureront l’accompagnement des nouveaux exécutifs à travers la formation et l’appui conseil ». Le même paragraphe prévoit des conférences sur la décentralisation avant l’arbitrage budgétaire, « avec la participation des élus locaux ». Le texte ne fixe ni date, ni montant, ni ligne de crédit pour un scrutin, et ne cite pas Elections Cameroon. Il ne mentionne ni législatives, ni régionales, ni présidentielle. Le paragraphe 60 précise seulement que « les budgets des organes constitutionnels continueront à être préparés, présentés et exécutés en mode dotation ». Le financement d’un scrutin en 2027 n’est donc pas cadré par la circulaire.

Le cadrage macroéconomique retient quatre hypothèses pour 2027. La croissance du PIB réel est fixée à 3,6%, l’inflation à 3,2%, le déficit budgétaire global, dons compris, à 2,7% du PIB et le déficit du compte courant à 2,8% du PIB. Pour 2026, le texte estime la croissance à 3,5% comme en 2025, l’inflation à 4,0%, le déficit budgétaire à 2,2% du PIB et le déficit courant à 4,1%. Le déficit budgétaire augmente ainsi de 0,5 point et le déficit courant recule de 1,3 point, la mention « dons compris » n’apparaissant que pour 2027. Le secteur non pétrolier progresserait de 4,0% en 2026 et le secteur pétrolier se contracterait de 15,4%. Le texte reprend la projection du FMI d’une croissance mondiale de 3,0% en 2026 contre 3,5% en 2025, et d’un baril à 95 dollars en moyenne contre 67 dollars en 2025, en raison du conflit au Moyen-Orient. L’inflation camerounaise a atteint 3,4% en 2025, au-dessus de la norme de la CEMAC.

La dette occupe les paragraphes 52 à 59. Tout emprunt, toute émission de titres, tout financement innovant, qu’il s’agisse d’obligations vertes, d’obligations durables ou de sukuk, et toute conversion ou échange de dettes exigeront l’avis préalable du Comité national de la dette publique. Les emprunts concessionnels auront la priorité, les emprunts non concessionnels étant réservés aux projets de rentabilité suffisante sans financement concessionnel disponible. Une revue du portefeuille des projets sur financements extérieurs conduira à restructurer, renégocier, annuler ou clôturer ceux dont la performance n’est pas avérée. Les entités publiques débitrices devront restituer au Trésor 30% de la dette commerciale déjà prise en charge par l’État, au titre de la dette flottante auditée sur 2000-2019.

Pour les recettes, l’objectif porte sur les recettes internes non pétrolières, avec le renforcement de la fiscalité des activités extractives, notamment aurifères, la transposition de la directive CEMAC révisée du 10 novembre 2022 sur la TVA, la taxation en temps réel, la facturation électronique et la limitation des paiements en espèces. Les priorités sectorielles couvrent le barrage de Kikot, les lignes de transport de Nachtigal, le plan d’import-substitution agropastoral et halieutique sur 2027-2029, une usine d’engrais, la deuxième phase de l’autoroute Yaoundé-Douala et la restructuration de la SONARA. La circulaire annonce aussi un cadre réglementaire pour les cryptomonnaies et la préparation de l’interdiction d’exporter le bois en grumes fixée à 2028 dans la CEMAC.

Chaîne EDC

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