L’affaire agite les milieux d’affaires camerounais [voir ici], et l’économiste Dieudonné Essomba choisit de la lire sous l’angle de l’économie plutôt que du contentieux. Dans une récente prise de parole, il dit ne pas vouloir ouvrir un débat sur la parcelle en cause, autour de laquelle « il y a trop de choses qui se disent ». Son souci est ailleurs : « Mes préoccupations, c’est les impacts macroéconomiques », insiste-t-il.
Pour l’économiste, le contexte général « devient de plus en plus négatif ». Il vise une administration qui dispose d’un pouvoir considérable et en appelle à la retenue. « Quand on a un pouvoir très important, on l’utilise avec discernement. On ne manipule pas. » Le message est sans ambiguïté. La puissance publique, parce qu’elle est forte, doit se garder de tout usage discrétionnaire.
Le patronat, vitrine du pays
Le cas est d’autant plus sensible, selon lui, que la personne concernée dirige le patronat. « Le porte-parole. Le symbole même du droit qui mène des affaires. C’est lui à qui les investissements étrangers demandent comment va le Cameroun », rappelle-t-il. Il estime que cette situation « ne s’est jamais faite dans un pays », car on ne peut se mettre à dos une telle figure « sur des bases peu justifiées ».
Le principal risque identifié par Dieudonné Essomba est celui de la perception. Il décrit la scène : le chef du patronat déclarant, devant le gouvernement et des hommes d’affaires, qu’on lui a arraché son titre foncier. « Quel terrifiant message ! », s’exclame-t-il, avant de prévenir. « Vous allez perdre 1000 fois ce que vous croyez gagner. C’est la vitrine, c’est le porte-parole. »
Si le représentant des entreprises locales affirme publiquement qu’on lui a « arraché [son] terrain dans [son] pays », l’inquiétude des capitaux étrangers, qui scrutent précisément la sécurité des droits de propriété, devient difficile à contenir. Il s’interroge aussi sur l’entourage des décideurs : « Est-ce qu’on ne se demande pas avec quelle équipe il s’est entouré ? »
L’économiste adresse enfin une mise en garde à l’élite du pays. « L’élite camerounaise doit comprendre qu’elle doit avoir des limites dans sa boulimie. Parce que là on atteint le stade de la folie. » Il déplore un manque de « conscience de l’État » et de « l’intérêt de la nation », et rappelle que « il y a des limites parce qu’il y a des impacts ».
Il invoque l’exemple de la France, où une déclaration venue du plus haut niveau peut ébranler immédiatement le système économique. « Comment nous raisonnons ? Franchement, c’est de l’inconscience », tranche-t-il.
Sans se prononcer sur le fond juridique du dossier, Dieudonné Essomba livre une alerte d’ordre économique. Dans un pays qui cherche à attirer les investissements, la sécurité foncière et la confiance envers les institutions pèsent plus lourd que n’importe quel gain ponctuel. « Je voulais le dire sans mener un débat », conclut-il.









