Un salaire gagné à Paris qui contribue aux dépenses d’un ménage à Douala, des frais de scolarité réglés à Yaoundé ou une urgence médicale prise en charge depuis l’étranger. Pour de nombreuses familles camerounaises, les transferts de la diaspora financent les dépenses courantes, l’éducation, la santé, entre autres. C’est sur cette réalité que LemFi entend bâtir la prochaine étape de son développement, en faisant évoluer son offre de transfert d’argent vers une plateforme de services financiers destinée aux personnes qui vivent et travaillent entre plusieurs pays.
Selon la Banque mondiale, le Cameroun a reçu environ 690 millions de dollars de transferts personnels en 2024 (près de 405,2 milliards de FCFA), soit environ 1,3 % de son produit intérieur brut. Ce montant ne prend pas en compte les envois informels, mais il donne une indication du poids des ressources venues de l’étranger dans l’économie nationale.
Pour LemFi, l’enjeu consiste désormais à accompagner ces flux au-delà de la réception des fonds. « Pour la diaspora camerounaise, envoyer de l’argent n’est pas une dépense. C’est un investissement dans la famille, dans l’éducation, dans le pays », explique Elisa Curie Ngouaka, Senior Growth Manager Afrique francophone chez LemFi. Elle ajoute que l’ambition de l’entreprise est de « rendre cet engagement plus simple, et d’aider chacun à construire aussi pour lui-même ».

Le transfert demeure le socle de l’activité, mais la fintech veut répondre à d’autres besoins : épargne, crédit et connectivité. Fondée en 2021 par Ridwan Olalere et Rian Cochran, LemFi compte plus de deux millions de clients. Elle a levé plus de 85 millions de dollars (environ 49,9 milliards de FCFA) auprès d’investisseurs, dont Highland Europe, Left Lane Capital, Palm Drive Capital, Endeavor Catalyst et Y Combinator.
Le 21 octobre 2026, l’entreprise a annoncé une extension de ses produits et une nouvelle identité mondiale, portée par la signature « Ambition has no passport ». Ce message accompagne une stratégie qui considère les parcours transfrontaliers non comme une succession de transferts ponctuels, mais comme une réalité économique appelant plusieurs services financiers.
LemFi permet d’envoyer de l’argent vers plus de 30 pays, dont le Cameroun. À cette activité s’ajoute une eSIM, disponible sur tous ses marchés. Au Royaume-Uni, les clients peuvent aussi ouvrir un compte d’épargne et accéder à une ligne de crédit. Ces deux services seront étendus progressivement à d’autres pays, en fonction des licences obtenues et des partenariats conclus. Des offres d’assurance et d’investissement sont annoncées pour les mois à venir.
Cette diversification ouvre un nouveau champ de concurrence parmi les acteurs des services financiers destinés aux migrants. Les besoins d’un travailleur installé à l’étranger ne se limitent pas à l’envoi périodique d’une somme à ses proches. Il peut aussi vouloir épargner, financer un projet ou accéder à des produits bancaires dans son pays de résidence. LemFi veut réunir ces usages au sein d’un même environnement.
À l’échelle mondiale, environ 304 millions de personnes vivent hors de leur pays de naissance et envoient quelque 905 milliards de dollars par an vers leur pays d’origine, selon les chiffres officiels présentés, soit environ 531 300 milliards de FCFA. Ce marché offre un potentiel aux plateformes capables de suivre les besoins financiers de leurs clients tout au long de leur parcours migratoire.
L’accès au crédit constitue l’un des axes de cette évolution. Un client qui a travaillé, épargné ou remboursé des emprunts dans un pays peut ne pas disposer, dans son nouveau lieu de résidence, d’un historique reconnu pour obtenir un financement.
LemFi indique tenir compte de l’historique des transactions de ses clients, en complément des vérifications habituelles et de l’analyse de leur capacité de remboursement. Elle présente cette approche comme un moyen de reconstituer un dossier de crédit après un changement de pays. L’entreprise ne précise toutefois ni les volumes de crédits concernés, ni les conditions détaillées d’accès à ces financements.
« Nos clients construisent leur carrière et leur entreprise dans un pays tout en soutenant leurs proches dans un autre », souligne Ridwan Olalere, cofondateur et directeur général de LemFi. Cette double réalité résume le marché que la fintech c22Zherche à servir.
Pour le Cameroun, l’élargissement de l’offre pourrait permettre à une partie des utilisateurs d’accéder à d’autres solutions financières, sous réserve de leur disponibilité effective sur chaque marché. L’entreprise devra adapter son déploiement aux cadres réglementaires et aux partenariats nécessaires. Pour les diasporas camerounaises, la portée de cette stratégie dépendra donc de la disponibilité concrète de ces produits et de leur capacité à répondre aux besoins des clients des deux côtés de la frontière.









