Le Cameroun importe la totalité de ses produits pétroliers raffinés depuis l’incendie qui a détruit l’outil de production de la Sonara en 2019. En 2025, le pays a acheté 2,02 millions de tonnes de produits finis, contre 1,8 million en 2024, soit une hausse de 10,4 % selon l’Institut national de la statistique. La facture s’est établie à 788,4 milliards FCFA, en recul de 19,1 % après 974 milliards FCFA en 2024, le prix moyen à la tonne étant passé de 531 646 à 389 917 FCFA. Cela représente environ 2,2 milliards FCFA par jour, soit l’équivalent de 37 % du déficit commercial de 2 145 milliards FCFA. La baisse des cours a masqué une dépendance qui, elle, s’est accrue.
C’est dans ce contexte que la Sonara, MRS Holdings et Dangote Petroleum Refinery ont conclu un accord tripartite de 30 à 42 mois, à l’issue de négociations ouvertes en janvier 2026. Il couvre 50 % des besoins du marché camerounais. La Sonara garde la possibilité de contractualiser avec d’autres fournisseurs pour le reste de ses achats, ce qui préserve sa latitude commerciale.
Le montage repose sur un rôle nouveau pour MRS, dirigée par Sayyu Dantata, demi-frère d’Aliko Dangote. MRS devient le trader de la Sonara. La raffinerie nationale ne disposant pas toujours des liquidités pour régler ses cargaisons, MRS s’engage à s’approvisionner auprès de Dangote puis à livrer la Sonara. La pression de trésorerie qui pesait sur la société publique s’en trouve réduite. L’État vise d’ailleurs un prêt de 126,5 milliards FCFA auprès de la BID pour soutenir ces achats, ce qui illustre la contrainte de financement.
Le premier gain attendu porte sur les commissions de trading. Passer par des négociants internationaux ajoute des marges successives entre la sortie de raffinerie et le dépôt camerounais. Une relation directe avec la raffinerie Dangote, qui produit 700 000 barils par jour sur un train unique, réduit le nombre d’intermédiaires. « Avec des firmes étrangères, cela revient plus cher », explique un ancien maire de l’opposition, favorable à l’opération.
Le deuxième gain concerne la dépense publique. L’État a supporté des subventions aux carburants de 1 000 milliards FCFA en 2022, 800 milliards en 2023 et 600 milliards en 2024, selon les éléments diffusés autour de l’accord. Toute baisse du coût d’achat à l’importation allège cette charge. Les économies visées doivent financer l’achèvement de la reconstruction de la Sonara et la mise en œuvre du Plan d’investissement intégré du secteur pétrolier aval, qui s’inscrit dans la Stratégie nationale de développement 2030.
Le troisième gain relève de la sécurité d’approvisionnement. Le circuit Lagos-Limbé fixe, indique la Sonara, une origine unique, ce qui doit faciliter la traçabilité des cargaisons et limiter la circulation de carburants frelatés dont se plaignent des consommateurs. Il vise aussi à prévenir une pénurie comparable à celle du deuxième trimestre 2022, qui avait précédé les hausses à la pompe décidées sous la pression du FMI. Le litre de super est passé de 630 à 730 FCFA en février 2023, puis à 840 FCFA un an plus tard, celui du gasoil de 575 à 720 puis à 828 FCFA. Le pétrole lampant est resté à 350 FCFA le litre et la bouteille de gaz de 12,5 kg à 6 500 FCFA.
Le calendrier compte aussi. Les 30 à 42 mois de l’accord correspondent à la période nécessaire pour achever les travaux de la Sonara. L’importation devient ainsi un pont, financé à moindre coût, vers le retour du raffinage local. Dangote a par ailleurs créé une filiale, Dangote Oil & Gas Cameroon, basée à Douala avec un centre opérationnel à Kribi, qui ambitionne d’intervenir dans le stockage, le transport et la distribution d’hydrocarbures, sur un marché où opèrent déjà TotalEnergies, Tradex, MRS et Neptune Oil, entre autres.
Le pays exporte par ailleurs 2,5 millions de tonnes de brut tout en réimportant des produits raffinés, ce qui l’expose aux variations de cours dans les deux sens. L’accord ne modifie pas cette équation à lui seul, mais il attache un fournisseur régional à la moitié des volumes.
La mise en œuvre dira si les gains annoncés se matérialisent. Le niveau des prix de cession à la Sonara, la baisse effective des commissions et le calendrier de reconstruction de la raffinerie seront les indicateurs à suivre pour mesurer l’économie réelle de l’accord.









