Ce n’est pas dans un hall de banque que s’est ouverte, le 7 octobre, la saison 2026 de l’Ecobank Day, mais dans un amphithéâtre de l’Institut universitaire catholique Saint Jérôme de Douala, devant un parterre de lycéens, collégiens, d’enseignants et de responsables d’établissements. Le lieu dit la méthode. La banque va chercher ses futurs concitoyens actifs, là où se forment les compétences.
Gwendoline Abunaw, administrateur directeur général d’Ecobank Cameroun, a pris soin d’écarter l’étiquette habituelle de la responsabilité sociétale. « Aujourd’hui, nous ne lançons pas simplement une initiative de responsabilité sociétale des entreprises, nous ouvrons une porte d’opportunité pour les jeunes Camerounais », a-t-elle déclaré. Les compétences numériques seraient, selon elle, la condition d’accès à une économie qui se dématérialise.

Le dispositif est précis. Dans les prochains jours, les équipes de la banque et leurs partenaires feront étape à Douala, Bafoussam, Buéa, Yaoundé et Garoua. Au programme : technologie, finance numérique, intelligence artificielle, cybersécurité et citoyenneté numérique responsable. L’organisation logistique est confiée à Creative Group, reconnu par la banque pour son « professionnalisme » et sa « créativité ».
La phrase la plus remarquée de son intervention est un appel à renverser un rapport de force. « Je vous encourage à devenir des créateurs et non pas seulement des consommateurs de technologie », lance-t-elle aux élèves. Dans un pays où le smartphone s’est imposé bien plus vite que les cursus d’informatique, le message vise juste ; l’usage est acquis, la maîtrise reste à bâtir.
Ecobank a choisi d’appuyer son discours sur des chiffres plutôt que sur des promesses. Au Cameroun, les actions d’éducation numérique de l’Ecobank Day, menées depuis trois ans sous le thème « Bâtir aujourd’hui les compétences de demain », ont touché, de l’avis de la banque, plus de 10 000 enfants et de nombreux établissements. À l’échelle du groupe, 66 laboratoires informatiques ont été installés et plus de 46 000 jeunes formés au numérique et à l’intelligence artificielle.
L’exemple local mis en avant est celui d’une école publique inclusive de Douala, dotée l’an dernier d’une salle informatique et de matériel adapté aux enfants en situation de handicap. L’établissement a ensuite affiché un taux de réussite de 100 % au CEP. « Ces résultats nous prouvent que lorsque les jeunes disposent des bons outils et des bonnes opportunités, des résultats remarquables suivront », a commenté la dirigeante. La causalité reste à nuancer, comme toujours en la matière, mais l’argument a le mérite d’être concret.
Derrière cette stratégie, une conviction de banquière. « Nous croyons fermement que la plus grande ressource de notre continent réside dans sa population, et particulièrement dans sa jeunesse. » Pour un établissement qui finance le commerce et les entreprises, former des cohortes à l’aise avec la finance digitale revient aussi à préparer son propre marché de demain.
L’Église et la banque, un même horizon
Le choix du site n’avait rien d’anodin. Abbé Achille Herman Pandeu Tatsi administrateur de l’institut Saint Jérôme rappelle que l’éducation est « au cœur de notre mission, la mission de l’Église tout entière ». Former les jeunes, développer leur potentiel et les préparer aux réalités du monde contemporain serait, selon lui, une vocation partagée par croyants et non-croyants.
Il salue une initiative qui met l’accent sur des compétences devenues indispensables à la réussite « académique, professionnelle et même citoyenne ». « La réussite d’Ecobank est aussi la réussite de l’Institut universitaire catholique Saint Jérôme de Douala. » Puis, élargissant la perspective, la réussite de l’institution est celle de ses étudiants, donc celle de la communauté et du Cameroun entier.
Le rapprochement entre un acteur confessionnel de l’enseignement supérieur et une banque privée n’a rien d’une alliance de circonstance. Il traduit une convergence d’intérêts de plus en plus visible. Les universités cherchent des moyens et des équipements, les entreprises cherchent des profils, et chacun s’accorde sur l’urgence d’adapter les jeunes à l’économie numérique.

25 ans, et après ?
Le calendrier symbolique aura pesé sur l’Ecobank Day 2026 à Douala. Car cette banque fête ses 25 ans sous la bannière « 25 ans de succès partagé », quelques semaines après la clôture, par le groupe, des célébrations de ses 40 ans de présence panafricaine. « Et quelle meilleure façon de célébrer le succès partagé qu’en investissant dans la prochaine génération ? », interroge Mme Abunaw.
La question reste ouverte de savoir ce que 625 élèves changeront à l’échelle d’un pays de plusieurs millions de jeunes. Mais la banque en fait une affaire de méthode autant que de volume : multiplier les points d’entrée, mesurer, recommencer chaque année. Comme tout placement patient, celui-ci ne se jugera pas à la prochaine clôture trimestrielle. « L’Afrique de demain sera façonnée par les compétences que nous bâtissons aujourd’hui », confie Gwendoline Abunaw.





