L’Afrique subsaharienne a tenu bon. Dans son rapport État des lieux de l’économie africaine, publié en octobre 2026 sous le titre « Poser les fondations pour l’IA », le Groupe de la Banque mondiale constate que l’activité « s’est maintenue malgré l’intensification des tensions géopolitiques et des turbulences régionales et nationales ». L’institution de Washington y chiffre la croissance de la région à 4,3 % en 2026, contre 4,1 % en 2025.

Selon la Banque mondiale, « la croissance régionale devrait passer de 4,1 % en 2025 à 4,3 % en 2026 », soit 0,3 point de plus que dans l’édition d’avril 2026. Les prévisions « ont été revues à la hausse pour près des trois quarts des pays d’Afrique subsaharienne », dont l’Angola, l’Éthiopie, le Nigeria et la Zambie.

L’institution y voit un mélange de facteurs conjoncturels et structurels. La reprise des produits de base soutient l’activité, notamment chez les exportateurs de pétrole. D’autres pays profitent du redressement de l’agriculture, de la demande intérieure et de réformes qui améliorent le climat des affaires. Le rapport ajoute que la demande en minéraux critiques, tirée par les investissements dans la transition énergétique, l’IA et les infrastructures numériques, a favorisé les recettes d’exportation de plusieurs pays africains.

L’inflation repart

Le tableau se complique du côté des prix. La hausse des cours mondiaux des matières premières, déclenchée par le conflit au Moyen-Orient, a pesé sur les consommateurs : « le taux médian d’inflation devrait passer de 3,7 % en 2025 à 5,5 % en 2026 ». Les économies fortement dépendantes de produits de base importés, et dont le régime de change offre peu de flexibilité, sont les plus touchées. La Banque mondiale table sur un reflux vers environ 4 % d’ici 2028, à condition que les tensions s’apaisent.

La croissance ne suffit pas à améliorer le quotidien. Le revenu par habitant ne progresserait que de 1,6 % en 2025 à 1,8 % en 2026. Le rapport prévient que « le taux de pauvreté ne devrait baisser que très légèrement, passant de 47,8 % en 2026 à 47,1 % en 2027 » (seuil de 3 dollars par jour). Il resterait ainsi supérieur à son niveau de 2022, et le nombre de personnes pauvres continuerait d’augmenter.

Côté finances publiques, l’assainissement budgétaire porte ses fruits. Le déficit primaire régional, qui avait culminé à 3,1 % du PIB en 2020, devrait déboucher sur un équilibre en 2028. La dette publique médiane s’est stabilisée à 57 % du PIB en 2025.

La Banque mondiale refuse pourtant de parler de soulagement. Selon elle, « la stabilisation de la dette africaine masque des changements dans la structure des engagements publics, qui évoluent vers un profil d’endettement plus coûteux et plus risqué ». Le service de la dette extérieure publique et garantie par l’État est resté compris entre 1,6 % et 1,7 % du PIB depuis 2021, ce qui réduit la marge d’investissement dans les infrastructures, le capital humain et la protection sociale.

Les risques restent, eux aussi, orientés à la baisse. Une escalade au Moyen-Orient, des perturbations dans le détroit d’Ormuz, un épisode El Niño de forte intensité ou la réduction de l’aide internationale pourraient fragiliser la trajectoire. Le rapport note que « les principaux bailleurs de fonds ont considérablement réduit leur aide internationale à l’Afrique subsaharienne ». Il recommande de développer les marchés financiers nationaux, de créer ou renforcer des fonds souverains et d’accroître la mobilisation des recettes intérieures.

IA, des fondations fragiles

C’est le cœur de l’édition 2026. La Banque mondiale estime que l’IA pourrait, dans un scénario très ambitieux, apporter « jusqu’à 1 000 milliards de dollars supplémentaires au PIB de l’Afrique d’ici à 2035 », créer 35 à 40 millions d’emplois numériques et générer près de 150 milliards de dollars de recettes fiscales annuelles.

La réalité est nettement plus modeste. Au niveau de préparation actuel, l’intégration de l’IA en Afrique subsaharienne n’ajouterait que 0,2 % à 4 % au PIB cumulé sur la prochaine décennie. Le rapport est sans détour : « l’écart entre les gains potentiels de l’Afrique en matière d’IA et son niveau actuel de préparation est énorme ».

Les chiffres du retard sont éloquents : environ 900 millions d’Africains ne sont toujours pas connectés à Internet, le continent représente 18 % de la population mondiale mais ne dispose que de 0,6 % de la capacité mondiale des centres de données, dont environ 5 % seulement sont prêts pour l’IA , l’Afrique ne fournit qu’environ 2 % des données d’entraînement mondiales de l’IA, au premier trimestre 2026, la part de la population en âge de travailler utilisant l’IA générative variait de 7,2 % au Rwanda à 23,1 % en Afrique du Sud, 16 pays restant sous les 10 %.

Pour la Banque mondiale, la priorité à court terme n’est pas de concevoir des modèles de pointe : « la principale opportunité pour l’Afrique consiste à adapter des outils pratiques et peu coûteux ». Elle cite le Kenya, où l’outil Darli AI de Farmerline a touché 110 000 agriculteurs dans plus de 27 langues en huit mois. Elle précise toutefois que ces chiffres mesurent la portée, pas des effets évalués de manière indépendante.

L’institution rassure sur l’emploi. A court terme, l’IA est « davantage susceptible de compléter l’activité des travailleurs que de les remplacer », le risque d’automatisation étant de 2,6 % des emplois dans la région, contre 14,2 % dans les économies à revenu élevé.

Reste la gouvernance. Trente-neuf pays de la région disposent d’une loi sur la protection des données et 45 d’une législation sur la cybersécurité, mais la Banque mondiale souligne que « le principal défi n’est plus d’élaborer de nouvelles stratégies ou réglementations, mais de rendre opérationnels les cadres existants ». Elle plaide enfin pour la coopération régionale, la plupart des pays étant, pris individuellement, « trop petits pour assumer les coûts fixes élevés » des infrastructures de calcul et des centres de données.

Le message de fond. La région a fait preuve de résistance en 2026, mais la Banque mondiale appelle à agir sur les facteurs qui favorisent l’adoption de l’IA, afin qu’elle se traduise en gains de productivité, en efficacité et en emplois.

Chaîne EDC

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici