C’est un chantier de 50 milliards de FCFA qui prend forme sur la façade atlantique du Cameroun. Le Port Autonome de Kribi (PAK) et Kribi Oil and Grain Terminal (KOGT S.A.), consortium réunissant des entreprises camerounaises, suisses et turques, ont signé le 9 octobre 2026 un Mémorandum d’Entente pour créer un terminal dédié aux produits agricoles et agro-industriels.

Le projet a de quoi marquer les esprits. La plateforme s’étendra sur 9,20 hectares au sein du complexe industrialo-portuaire et bénéficiera du quai en eau profonde, qui peut accueillir des navires allant jusqu’à 50 000 tonnes. Son cœur sera un terminal céréalier de 17 silos de 6 000 tonnes chacun, soit 102 000 tonnes au total, équipé d’un laboratoire de contrôle qualité et d’une tour de manutention. Autour, quatre entrepôts de 5 000 m² pourront abriter de 30 000 à 40 000 palettes.

KOGT ne veut pourtant pas se cantonner au stockage. Le consortium met en avant une «solution logistique intégrée», pensée pour rendre les opérations «plus simples, plus rapides et plus efficaces» depuis l’arrivée des navires jusqu’à la destination finale des marchandises. D’où un parking capable de recevoir 120 à 150 poids lourds, mais aussi une station-service logistique avec quatre îlots gasoil, deux îlots essence, distribution d’AdBlue, atelier, aire de lavage et restauration. Un entrepôt d’exploitation complète l’ensemble pour la maintenance et les pièces détachées.

Côté financement, les promoteurs apporteront 20 % de fonds propres, soit environ 10 milliards de FCFA. Le reste sera structuré avec BGFIBank Cameroun, désignée banque partenaire exclusive, chargée de la coordination des financements. Le calendrier prévoit 24 mois pour boucler cette mise en place. Le PAK accordera de son côté une Autorisation d’Occupation Temporaire de 20 ans, renouvelable.

Les retombées attendues se mesurent aussi en emplois. Entre 600 et 800 postes pourraient être créés pendant la construction, puis près de 200 en phase d’exploitation, sans compter les activités indirectes liées au transport, à la maintenance, à la manutention et aux services. Le promoteur affirme vouloir contribuer à la fluidité des approvisionnements et, plus largement, à «la sécurité alimentaire du Cameroun et de la sous-région».

Pour le PAK, l’opération consolide une stratégie assumée. Le port, opérationnel depuis le 2 mars 2018, dispose de quais fondés à 16 mètres de profondeur et de 15 000 hectares de réserves foncières. Il cherche à y attirer des projets industriels de grande envergure. Le communiqué évoque la volonté de poursuivre la transformation de Kribi en «hub portuaire, industriel et logistique de premier plan en Afrique centrale». Un terminal capable de faire tourner plus vite navires et camions devrait, à terme, aider à mieux maîtriser les coûts logistiques des importateurs et des industriels.

Reste le temps long des grands projets. Les travaux sont envisagés en 2027, pour une mise en service en 2029, «sous réserve de l’achèvement des différentes étapes techniques, administratives, financières et réglementaires». Un protocole d’accord n’est pas un bouclage financier, et c’est bien sur la capacité à réunir les 50 milliards dans les délais que se jouera la crédibilité du calendrier. Si l’équation tient, Kribi gagnera un outil à la mesure de ses ambitions, au service d’une économie camerounaise qui cherche à mieux stocker, transformer et acheminer ses produits

Chaîne EDC

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