Le Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam) et le ministère des PME ont arrêté vingt recommandations pour favoriser une formalisation progressive des unités de production informelles, et convenu de les traduire dans une feuille de route couvrant la période 2027-2030. Cet acquis clôt la journée de concertation nationale tenue ce mercredi 4 novembre 2026 au siège du Gecam, à Douala-Bonanjo.
Conçue comme un contrat de partenariat, la feuille de route sera assortie d’une matrice d’action qui précisera, pour chaque mesure, les structures impliquées, les échéances et les livrables attendus. Un mécanisme de concertation et de suivi régulier doit en garantir l’exécution, selon le communiqué final.
Issues de trois ateliers thématiques, les recommandations visent d’abord le cadre fiscal et réglementaire, avec la simplification des obligations, la rationalisation des prélèvements et la lutte contre les tracasseries administratives. Elles portent aussi sur la structuration des filières, l’intégration des PME dans la chaîne de valeur nationale, le financement, l’accompagnement après la formalisation et la protection sociale. L’accès au crédit, à la commande publique et aux marchés régionaux a retenu l’attention des ateliers.
Présidée par le ministre des PME, de l’Économie sociale et de l’Artisanat, Achille Bassilekin III, la rencontre s’est tenue sur le thème «Transition des acteurs de l’économie informelle vers une économie plus productive, quel levier incitatif pour la croissance de la formalisation des emplois ?». Elle a réuni administrations, organisations patronales, associations d’unités informelles et partenaires au développement.
Le président du Gecam, Célestin Tawamba, a posé les termes du débat à partir des chiffres de l’Institut national de la statistique. L’informel produit plus de 40 % de la richesse nationale et porte 52 % des emplois non agricoles, contre 5,1 % pour le privé formel. Les unités informelles acquittent environ 1,3 % de leur valeur ajoutée en impôts et seuls 12,6 % de leurs promoteurs se disent prêts à s’immatriculer. «Tant que se formaliser signifie davantage d’impôts et de contrôles, sans meilleur accès au crédit et aux marchés, rester informel est un choix rationnel», a-t-il lancé.
Il en a tiré sa ligne. «Nous ne demandons pas que l’on aille chercher l’informel. Nous demandons que l’on cesse de le fabriquer», a martelé le patron des patrons, qui voit entre formel et informel «moins un mur qu’une couture». Il a distingué l’informalité de nécessité, qui relève du développement, de la «soustraction organisée à l’impôt», que le Gecam dénonce sans réserve. «Le Patronat ne vient pas réclamer. Il propose un changement de regard», a-t-il ajouté, en exigeant du concret. «Ce qui nous manque, ce ne sont pas les analyses, ce sont les décisions.»
M. Tawamba a invité les ateliers à répondre à une seule question, celle de savoir comment faire travailler ensemble entreprises formelles et entreprises dites informelles, de sorte que chacune y gagne. Il a interrogé la fiscalité qui expose l’acheteur à voir sa charge contestée quand son partenaire n’a pas de numéro de contribuable, la forme que doit prendre la relation économique, entre contrat simplifié, groupement, coopérative ou interprofession, et l’ouverture de la CNPS et de la Couverture santé universelle aux revenus irréguliers. Chaque proposition devait dire quoi faire, qui la porte, dans quel délai et sous quelle forme.
Le ministre Bassilekin III a répondu en plaçant la perception au centre. «Il s’agit donc de changer la perception», a-t-il déclaré, pour qui «formaliser doit être perçu comme un levier puissant pour le développement durable». Il a refusé de «se focaliser uniquement sur l’exclusion», préférant «offrir des opportunités plus solides». La mission du gouvernement, a-t-il résumé, est de «permettre à l’artisan de devenir non plus un acteur de l’informel, mais un formel qui crée de la richesse». Il a évoqué la mise en place de structures d’organisation de l’artisanat dans les 360 communes, afin d’ouvrir aux artisans l’accès à la protection sociale.
La poignée de main échangée entre le président du Gecam et le ministre résume l’esprit de la journée. Les mains jointes et le sourire partagé, les deux hommes ont posé l’image d’un État et d’un patronat qui avancent ensemble, là où l’informel se réduisait jusqu’ici à un enregistrement suivi d’un contrôle. Reste à transformer ce geste en décisions, avec des échéances que la matrice d’action devra rendre vérifiables.









