Le Cameroun et la Guinée Équatoriale préparent la prochaine étape du développement du champ gazier transfrontalier Yoyo-Yolanda. Réunis le 4 novembre 2026 à Yaoundé, les représentants des deux États ont examiné le projet d’Accord d’Opérations de l’Unité (AOU), préalable aux échanges avec Chevron, opérateur du projet. L’enjeu est de transformer une ressource partagée en production gazière, en recettes publiques et en capacités industrielles pour les deux économies.
La Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) a accueilli cette session bilatérale, au cours de laquelle les délégations camerounaise et équato-guinéenne ont consolidé leur position commune sur les dispositions devant encadrer les opérations. La partie camerounaise était conduite par Nathalie Moudiki, Conseiller N2 à la SNH, tandis que la délégation équato-guinéenne était dirigée par Oscar Berniko, Directeur général des entités d’État et des actifs pétroliers au ministère des Hydrocarbures.
Cette convergence doit permettre aux deux pays d’aborder les discussions avec Chevron avec une approche coordonnée. L’objectif est de parvenir à un cadre opérationnel et contractuel permettant le développement conjoint du gisement, au-delà des frontières maritimes qui séparent les deux États.
Le projet repose sur une accumulation gazière offshore située dans le golfe de Guinée, dans le prolongement des blocs Yoyo, côté camerounais, et Yolanda, côté équato-guinéen. Selon le ministère camerounais des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, les ressources sont estimées à 2,5 trillions de pieds cubes, soit environ 70,5 milliards de mètres cubes de gaz. La structure s’étend sur quelque 34,7 kilomètres de longueur, pour une largeur comprise entre 1,2 et 5 kilomètres.
La répartition convenue attribue 84 % des ressources au Cameroun et 16 % à la Guinée Équatoriale. Sur la base de l’estimation globale, cela représente respectivement environ 59,2 milliards et 11,3 milliards de mètres cubes. Ces volumes constituent une estimation des ressources du gisement, et non une mesure du gaz qui sera effectivement produit et commercialisé.
L’ampleur du potentiel donne au projet une portée économique qui dépasse la seule exploitation du sous-sol. Pour le Cameroun, la valorisation de cette ressource pourrait soutenir l’approvisionnement des industries, renforcer l’activité de transformation du gaz et contribuer aux exportations. Pour la Guinée Équatoriale, elle offre une possibilité de consolider l’utilisation de ses infrastructures gazières et de prolonger l’activité de son secteur des hydrocarbures.
Le développement envisagé s’appuie sur un modèle destiné à utiliser les installations existantes dans les deux pays. Le schéma présenté prévoit une plateforme de traitement dans le périmètre du contrat de partage de production de Yoyo, le forage de trois puits de développement et la construction de conduites d’exportation. Le gaz doit être acheminé vers les installations de Bipaga, au Cameroun, et vers les infrastructures d’Alen et de Punta Europa, en Guinée Équatoriale. L’investissement global est estimé à environ 4 milliards de dollars, soit près de 2 400 milliards de FCFA sur la base d’une parité indicative de 600 FCFA pour un dollar. Cette enveloppe donne la mesure des capitaux susceptibles d’être mobilisés pour les installations, les forages et les infrastructures nécessaires. Elle reste toutefois une estimation du coût du projet, distincte d’une décision finale d’investissement et d’un calendrier confirmé de mise en production. Le recours aux équipements déjà disponibles dans la région constitue un levier important du schéma de développement. Il vise à limiter les coûts et les délais par rapport à la construction intégrale de nouvelles installations. La rentabilité dépendra notamment des choix techniques, des modalités de financement, des contrats commerciaux et des conditions d’évacuation du gaz.
Les discussions du 4 novembre s’inscrivent dans un processus engagé depuis plusieurs années. Le 17 mars 2023, les présidents Paul Biya et Teodoro Obiang Nguema Mbasogo ont signé à Yaoundé l’accord bilatéral de coopération ouvrant la voie à l’exploitation conjointe des ressources transfrontalières. En janvier 2025, la SNH a déposé l’instrument de ratification auprès des Nations unies.
Une nouvelle étape a été franchie le 3 février 2026 à Malabo avec la signature de l’accord d’unitisation par les deux États, leurs sociétés nationales d’hydrocarbures et Chevron. Ce texte organise le développement du gisement comme une unité commune, malgré sa localisation de part et d’autre de la frontière maritime. L’accord d’opérations examiné en novembre doit désormais préciser les modalités de conduite des activités.
Chevron, déjà présent dans les deux pays
Le partenaire auquel les deux délégations s’apprêtent à présenter leur position est Chevron, groupe énergétique américain actif dans l’exploration et la production d’hydrocarbures, ainsi que dans le gaz naturel liquéfié (GNL). Son implication ne constitue pas une première dans la région. Au Cameroun, l’entreprise détient et exploite le bloc Yoyo, dans le bassin de Douala. En Guinée Équatoriale, elle participe au développement du champ gazier Yolanda et détient également des intérêts dans les champs d’Alen, d’Aseng et d’Alba.
Son expérience régionale comprend notamment la valorisation du gaz d’Alen, dont le projet de monétisation a été achevé en février 2021. Les installations de Punta Europa occupent une place centrale dans la transformation et l’exportation du gaz équato-guinéen. Chevron dispose ainsi d’une expérience des opérations offshore et de l’utilisation d’infrastructures de traitement et d’exportation de gaz naturel.
Pour les deux États, l’étape qui s’ouvre consiste à traduire les accords politiques et juridiques en engagements opérationnels, techniques et commerciaux. La consolidation de leur position commune constitue un préalable aux échanges avec l’opérateur. Le passage à la production dépendra ensuite de la conclusion des arrangements contractuels, du financement et de la réalisation des installations. À terme, Yoyo-Yolanda pourrait devenir un projet structurant pour la coopération énergétique en Afrique centrale et pour la valorisation des ressources gazières des deux pays.









