Le vol d’équipements ferroviaires prend une dimension qui dépasse la simple soustraction de pièces métalliques. À Mbandjock, dans le département de la Haute-Sanaga, une opération de la Police spéciale du chemin de fer (PSCF), menée le 15 octobre 2026, a conduit à l’interpellation de trois personnes soupçonnées de recel de matériel ferroviaire. Parmi elles figure un chef traditionnel. Une affaire qui place au centre des préoccupations la protection des infrastructures ferroviaires et les circuits de récupération des métaux.
Selon les éléments communiqués par Camrail, les investigations ont permis de découvrir, dans plusieurs dépôts de ferraille, des équipements provenant de la voie ferrée. Les constatations ont notamment porté sur des traverses métalliques, des coupons de rail, des tirefonds, des éclisses, des nablas et des attaches Pandrol. Après leur audition, les personnes concernées ont été déférées devant les juridictions compétentes à Nanga Eboko.
L’entreprise ferroviaire prend soin de rappeler que cette procédure ne préjuge pas des responsabilités individuelles. « Seule la justice est habilitée à déterminer les responsabilités de chacun », précise-t-elle. Cette réserve judiciaire n’enlève rien à la portée des faits signalés, alors que le retrait d’équipements de la voie ferrée peut avoir des conséquences directes sur la sécurité du transport ferroviaire.
Les attaches Pandrol constituent précisément l’un des éléments au cœur de cette affaire. Ces pièces en acier à ressort assurent la fixation du rail à la traverse. Elles exercent une force de serrage permanente et contribuent à absorber une partie des contraintes et des vibrations provoquées par le passage des trains. Pour CAMRAIL, elles ne peuvent donc être assimilées à de simples morceaux de métal destinés à la récupération. « C’est un composant de sécurité ferroviaire au niveau de la voie », insiste l’entreprise.
Leur retrait non autorisé fragilise progressivement le système de fixation. Lorsque les disparitions se répètent sur une même portion, les conditions de stabilité du rail peuvent se dégrader. Le niveau de risque dépend notamment du nombre d’attaches manquantes, de leur localisation, de leur répartition, de l’état général de la voie et des conditions d’exploitation. La multiplication de ces actes peut ainsi imposer des interventions techniques et des mesures de sécurité supplémentaires.
Les données communiquées par l’entreprise ferroviaire permettent de mesurer l’étendue du phénomène. Six cas de vol d’attaches Pandrol ont été enregistrés depuis le début de l’année 2026 dans la Coordination d’exploitation du Centre. La moitié de ces incidents concerne le canton Mbandjock-Tabéné. Le relevé de l’entreprise fait notamment état de vols constatés les 20 août, 6 octobre et 22 octobre 2026 sur différents points kilométriques de cette zone. D’autres faits ont été signalés à Binguela-Mvolyé, Batchenga-Mbandjock et Mvolyé-Yaoundé.
Cette répétition des incidents mobilise des ressources qui auraient pu être consacrées aux opérations ordinaires d’entretien du réseau. Chaque disparition entraîne des inspections complémentaires. Les équipes de maintenance doivent intervenir pour remplacer les équipements dérobés et vérifier l’état de la voie. Selon les circonstances, ces opérations peuvent nécessiter des restrictions temporaires de circulation et provoquer des perturbations du trafic.
L’incidence financière ne se limite donc pas au prix des pièces soustraites. Camrail relève également les dépenses liées aux contrôles, aux réparations, au remplacement du matériel et à la mobilisation des équipes techniques. Ces charges peuvent affecter la fluidité des opérations ferroviaires, avec des répercussions sur les voyageurs et les clients du fret. Dans un secteur où la continuité du service dépend de la disponibilité des infrastructures, les actes de vol et de recel constituent ainsi un risque pour l’exploitation et les équilibres économiques de l’activité.
L’entreprise situe également le problème dans son cadre juridique. La loi n° 2023/010 du 25 juillet 2023 régissant le secteur ferroviaire au Cameroun reconnaît les attaches parmi les composantes de la superstructure ferroviaire, au même titre que les rails, les traverses et les aiguillages. Son article 36 établit cette composition. L’article 158 prévoit des peines de six mois à deux ans d’emprisonnement et des amendes comprises entre 500 000 et 25 millions de FCFA pour certaines dégradations d’infrastructures ferroviaires et atteintes aux servitudes nécessaires à leur exploitation.
Le démontage ou le retrait non autorisé d’attaches Pandrol peut, selon l’analyse présentée par Camrail, être considéré comme une dégradation de l’infrastructure. L’article 159 renvoie, pour les infractions relatives à la sûreté ferroviaire, aux dispositions du Code pénal et à la législation applicable. L’entreprise rappelle par ailleurs que l’achat, la détention ou la commercialisation de matériel ferroviaire d’origine frauduleuse sont susceptibles d’engager la responsabilité pénale des personnes concernées. La lutte contre les vols implique donc également les acteurs de la récupération et du commerce des métaux.
Face à cette situation, Camrail annonce la poursuite du renforcement des contrôles sur les infrastructures, l’intensification des inspections de voie et la coopération avec les autorités administratives, judiciaires et les forces de sécurité. L’entreprise entend aussi développer la sensibilisation des populations riveraines et des professionnels de la ferraille, tout en renforçant les mécanismes de remontée d’informations sur les activités suspectes.

Elle invite notamment les populations à signaler tout démontage d’équipements ferroviaires, toute activité suspecte ou tout transport inhabituel de matériel provenant des voies ferrées. « Le patrimoine ferroviaire appartient à tous. Le protéger, c’est contribuer à la sécurité des voyageurs, des cheminots, des riverains et au bon fonctionnement de l’économie nationale », rappelle Camrail.
Au-delà de l’interpellation des trois personnes à Mbandjock, dont un chef traditionnel, l’affaire pose ainsi la question de la sécurisation des équipements qui conditionnent le fonctionnement du chemin de fer. Pour l’entreprise, la lutte contre le vol ne peut être dissociée de celle contre les circuits de recel. C’est aussi sur la traçabilité des métaux récupérés et la vigilance des populations que repose une partie de la protection du réseau ferroviaire camerounais.









