« Nous avons le sentiment que le pays est à l’arrêt. » Ce 22 octobre 2026, à l’ouverture de la 12e session du Cameroon Business Forum (CBF), à Douala, Célestin Tawamba a posé les termes du débat. Routes, énergie, fiscalité, financement, justice et foncier, le président du Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam) a passé en revue les obstacles qui pèsent sur les entreprises et compromettent leur capacité à produire, investir et exporter. Devant le Premier ministre, chef du gouvernement, il a surtout insisté sur l’urgence d’exécuter les réformes annoncées.
Le dernier CBF remontait au 22 octobre 2020. Six ans après, le patronat estime que les recommandations formulées à l’époque sont, pour l’essentiel, restées sans suite. « Le problème n’est ni le séminaire, ni le diagnostic, le problème, c’est l’exécution », lance Célestin Tawamba. Pour lui, la refonte du forum n’aura de sens que si elle débouche sur des changements mesurables dans l’environnement des affaires.
La conjoncture internationale, marquée notamment par la guerre en Ukraine, la hausse du prix du pétrole et du fret maritime, pèse sur les coûts de production. Mais le président du Gecam estime que le gouvernement doit d’abord agir sur les facteurs qu’il maîtrise. « Raison de plus pour maîtriser ce qui dépend de vous », a-t-il déclaré.
Sur les routes, les temps de parcours illustrent les difficultés rencontrées par les entreprises. Il faut compter six à huit heures pour relier Douala à Yaoundé et huit à dix heures pour rejoindre Bafoussam. La nationale numéro 3 est devenue le symbole de cette situation. La semaine précédant le forum, se désole le président du Gecam, des usagers y ont passé la nuit. Dans le même temps, des péages continuent d’être perçus sur des tronçons dont l’état est dénoncé par les usagers. Le coût du transport a progressé de 11,7 % en 2022, de plus de 10 % en 2023 et de 12,3 % en 2024.
L’énergie constitue un autre frein. Selon les données de la Banque mondiale citées par Tawamba, la majorité des entreprises recourent aux groupes électrogènes. Elles paient leur électricité deux à sept fois plus cher et doivent aussi composer avec les dommages causés à leurs équipements par la qualité du courant.
La pression fiscale s’ajoute à ces charges. Le président du Gecam questionne la cohérence d’un objectif de recettes fiscales en hausse de 12,5 % en 2026, alors que la croissance économique est attendue autour de 3,5 %. À ses yeux, une telle évolution revient à solliciter davantage les mêmes contribuables, sans que la progression de l’activité permette d’élargir suffisamment l’assiette fiscale.
Le financement des entreprises reste également sous tension. L’État mobilise une part importante des ressources disponibles sur le marché du crédit tout en accumulant des retards de paiement envers ses fournisseurs. Les trésoreries se dégradent, les investissements sont reportés et la capacité des entreprises à répondre aux marchés se réduit.
À ces difficultés s’ajoutent les délais de la justice et les incertitudes foncières. Célestin Tawamba décrit une justice « trop lente et surtout imprévisible », qui peut laisser aux débiteurs le temps d’organiser leur insolvabilité.
L’épineux problème du titre foncier n’est pas oublié. Ce document est de plus en plus instable. « Je suis moi-même concerné, comme de nombreux chefs d’entreprise. Mais au-delà des considérations individuelles, c’est la crédibilité de notre pays auprès des investisseurs qui est en jeu », fait remarquer Célestin Tawamba. Lorsque la terre devient une source durable d’insécurité, prévient-il, c’est aussi la cohésion sociale qui est en jeu.
Ces blocages prennent une autre dimension avec la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Alors que la baisse progressive des droits de douane a commencé en 2026, avec une suppression prévue en 2033 selon le calendrier évoqué, les entreprises camerounaises doivent se préparer à une concurrence accrue. « Ce n’est plus leur compétitivité qui est en jeu, c’est leur survie », a averti le président du Gecam. Et de poursuivre, « si nous ne sommes pas prêts à exporter, d’autres seront prêts à nous vendre chez nous ».
Pour sortir de cette impasse, Célestin Tawamba n’a pas présenté un nouveau catalogue de doléances, mais trois décisions. La première consiste à retenir une dizaine de recommandations prioritaires du CBF, avec pour chacune un responsable, une échéance et un indicateur de suivi, ainsi qu’un bilan public tous les six mois. La deuxième vise la loi de finances 2027, avec une progression des dépenses de fonctionnement inférieure à celle des dépenses d’investissement. La troisième porte sur la publication d’un calendrier d’apurement des arriérés de l’État et de remboursement des crédits de TVA.
Ces mesures, soutient-il, ne nécessitent « ni de nouvelles lois, ni de financements extérieurs, mais seulement une volonté ». Leur mise en œuvre permettrait aux entreprises de retrouver des marges de manœuvre pour investir et exporter. « On n’exporte pas avec des bilans dégradés », a-t-il rappelé.
La 12e session du CBF s’achève demain 23 octobre, mais l’on a déjà des exigences adressées au gouvernement, qui devra traduire les engagements en résultats. Célestin Tawamba souhaite que ce rendez-vous soit « la première dont on se souviendra, pour ce qu’elle aura changé et non pour ce qu’elle aura dit ». Le prochain bilan du dialogue public-privé se jouera désormais dans l’application des décisions annoncées.
Le CBF 2026 compte la présence de plusieurs membres du gouvernement. Entre autres Eyébé Ayissi du Cadastre, Alamine Ousmane Mey de l’Economie et aménagement du territoire, Gabriel Mbairobé de l’Agriculture, Luc Magloire Mbarga Atangana du Commerce, ou entre Séraphin Magloire Fouda, Secrétaire général des services du premier ministre chef du gouvernement. Le thème des travaux porte sur « ZLECAF et transformation productive : Quelles réformes pour faire du Cameroun un pôle industriel et commercial majeur en Afrique. »









