La Caisse des dépôts et consignations du Cameroun (CDEC) a présenté ce 30 octobre à Yaoundé son bilan à des professionnels des médias. Son directeur général, Richard Evina Obam, a donné le ton. « Notre ambition n’est pas de rechercher une communication de complaisance, mais de favoriser un dialogue constructif dans lequel chacun peut exercer pleinement ses responsabilités. »

Les chiffres détaillés par Hamza Aminou, directeur de la conformité et du contrôle permanent accrochent. Au 30 septembre 2026, la CDEC a encaissé 162,3 milliards FCFA depuis son démarrage. La série se lit en quatre temps, avec 1,5 milliard en 2023, 67,7 milliards en 2024, 51,7 milliards en 2025 et 41,5 milliards sur les neuf premiers mois de 2026, sans extrapolation annuelle. Sur ce total, 114,3 milliards proviennent de transferts historiques et 48 milliards de nouvelles consignations réalisées directement au guichet.

Les sommes ne font pas qu’entrer. La CDEC a rendu 30,5 milliards FCFA aux bénéficiaires, soit 0,7 milliard en 2024, 15,9 milliards en 2025 et 13,9 milliards en neuf mois de 2026. Ces restitutions représentent 18,8 % des encaissements cumulés. Le solde conservé dans les livres s’établit à environ 131 milliards FCFA.

Le point de départ était mince. « Les dirigeants avaient la lourde responsabilité de partir du quasi-néant, à l’exception de ces cinq papiers », rappelle Hamza Aminou. Il visait une loi de 2008, un décret de 2011 et trois décrets présidentiels de nomination signés le 20 janvier 2023. L’équipe dirigeante a été installée le 10 février 2023. Elle a ensuite fait signer les textes d’application. Parmi eux, un arrêté du ministre des Finances impose au caissier général un cautionnement de 20 millions FCFA. Une convention conclue le 15 décembre 2023 avec le ministère des Finances organise les opérations confiées au comptable du Trésor. En novembre 2024, un décret du Premier ministre a fixé à 30 ans le délai de prescription au profit de l’État des fonds non réclamés.

Les ressources ont été obtenues secteur par secteur. Les banques ont été associées à l’élaboration des textes, et la date limite de transfert a été reportée à fin mai 2024. Une compagnie d’assurances a effectué un premier transfert de masse en octobre 2023. Une circulaire de juin 2024 précise la consignation des cautions de marchés publics. Les discussions se poursuivent avec les notaires, les entreprises de téléphonie, les ports, les hydrocarbures, la forêt et la télédistribution. Le Port autonome de Douala a déjà reconnu la CDEC comme acteur habilité à recevoir les cautions.

Cette mobilisation se heurte à des résistances. « Toute cette opération de mobilisation se fait face à des résistances, matérialisées principalement par les contentieux », révèle Hamza Aminou. La CDEC est partie à 117 procédures, dont 101 en défense et 16 en demande. Cinq de ces dernières sont portées devant la Cour de justice de la CEMAC. La voie judiciaire a pourtant rapporté en 2025 un principal de 19,3 milliards FCFA. Cette somme comprend 11,7 milliards de transferts effectués par des banques poursuivies, 7,6 milliards de cautions de marchés publics appelées par le ministère des Travaux publics et plusieurs centaines de millions de pénalités recouvrées sur les montants dus par Afriland First Bank. Les frais d’avocats et d’huissiers s’élèvent à environ 150 millions FCFA.

Côté placements, plus de 80 % des ressources ont été orientées vers les titres publics camerounais, sur les marchés primaire et secondaire. La CDEC est passée des bons du Trésor assimilables en 2024 aux emprunts obligataires en 2025, puis aux obligations assimilables du Trésor. En 2026, elle s’est ouverte à certains États de la CEMAC.

Le plan triennal fixe une trajectoire chiffrée pour le stock de ressources, avec 150 milliards FCFA fin 2026, 262 milliards fin 2027 et 525 milliards fin 2028. Les chantiers de la période en cours portent sur la digitalisation des opérations, la diversification des ressources et des placements, et l’entrée dans le financement des politiques publiques.

Richard Evina Obam replace cette feuille de route dans une logique de long terme. « Le développement d’un pays ne dépend pas seulement des ressources financières dont il dispose, il dépend également de la capacité des institutions à les sécuriser, à les gérer efficacement et à favoriser leur orientation vers les besoins prioritaires », affirme-t-il, en présentant la CDEC comme un tiers de confiance et un investisseur de long terme.

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